SEVERE WEATHER SUR L'ISEREBonjour/Bonsoir chers collègues!
Je m'en viens ici vous conter l'une des plus belles soirée de l'été en ce qui me concerne, et sans doute la meilleure récolte de photos depuis le début de la saison!
Tout commença à la terrasse d'un café où, trop occupé à passer un agréable moment de retrouvailles avec mes amis du Master (eh oui, déjà la rentrée pour nous!), j'en oubliais de surveiller la situation météorologique. Le matin et en début d'après-midi, des orages avaient déjà affecté le bassin Grenoblois, mais sous forme de coups de foudre éparss et noyés. Du coup, je m'étais quelque peu détourné du ciel pour plonger mes lèvres dans une bière bien fraîche.
LE SIXIEME SENSOui mais voilà, le chasseur d'orage est doté le plus souvent d'un instinct étrange. Le même qui le fait se réveiller en pleine nuit, alors qu'un orage approche de son habitation. Son cerveau est-il excité par les décharges électriques? Sent-il dans l'air les conditions idéales et inévitablement orageuses? Toujours est-il qu'entre deux mauvaises vannes et autres anecdotes de vacances, mon flair orageux est soudainement titillé. Bon, l'averse naissante au dessus de nos têtes y est sans doute pour quelque chose. Le tout dans une ambiance assez tropicale, tendant à me laisser penser que l'instabilité pourrait encore se renforcer. Eh oui, le modèle WRF NMM visualisait bien une puissante réactivation en soirée! Ce modèle étant plutôt efficace ces derniers jours, il était un peu temps de se soucier du temps! Cependant l'instinct ne fais pas tout et c'est la technologie, cette superbe technologie, qui m'a permis de jeter un œil aux radars de précipitations sur mon téléphone portable. Et bam! Le verdict s'affiche sur l'écran, sous forme de grosses tâches rouges dans la vallée du Rhône. D'un bond je me lève, comprenant qu'il y a matière à chasser! "Bon eh bien je vous laisse moi!" lançais-je à mes amis qui croient alors à une blague, avant que je leur explique que le devoir m'appelle!
19H30 : PREMIER ORAGEUne ligne de cellules très actives se tient sur le nord et l'ouest de l'Isère en se décalant très lentement vers l'Est. C'est en cette direction que je fonce sur l'autoroute. Le ciel est déjà noir devant moi, sombre, menaçant, torturé... beau! Je n'aurais fais que 20 bornes avant d'aller m'installer sur un point de vue que j'avais repéré récemment. Dès mon arrivée sur les hauteurs de Voiron, les cellules sont bien visible et parfaitement identifiables.

En voici donc une première qui semble se diriger vers moi. Le tonnerre y est régulier, tout comme les canaux lumineux qui s'en extirpent.
A cet endroit, je suis en fait garé juste devant une propriété, ce qui est un peu gênant et me laisse inquiet quant à la réaction de ses habitants qui voient un inconnu squatter devant chez eux. Quelques minutes plus tard, c'est une grand-mère qui me sauve de l'attaque d'un fauve à peine plus grand que le steak que je me suis enfilé la veille (modèle Yorkshire qui sert à rien). Visiblement peu effarouchée par ma présence, la vielle dame ne m'éjecte pas de mon spot, et c'est donc sereinement que je vais pouvoir continuer à shooter!
Tant mieux car ce point de vue est formidable:

En regardant en direction du Vercors, on a affaire à des contrastes saisissants, et assez symboliques de la situation redondante de cette semaine. A savoir que les orages en flux de sud-ouest se bloquaient la plupart du temps contre le Vercors, laissant ainsi Grenoble à l'abri, voire même sous un ciel bleu comme on le remarque ici à gauche de la photo.

Mais celui-ci n'est pas un orage comme les autres. Bien costaud et bien vorace, il va avaler le Vercors avec une facilité déconcertante. A défaut de concerner Grenoble, c'est moi que ça va concerner directement!

En moins d'un quart d'heure, la bestiole est sur moi et la visibilité est très réduite:

Dans le tas, un grand nombre d'impacts proches, et surtout quelques grêlons qui claquent sur le toit de la voiture. 2cm de diamètre estimé.
Cette absence totale de visibilité me fait un peu peur. Et si la zone était par la suite envahie de Stratus comme c'est souvent le cas en montagne? Heureusement, il n'en fut rien! L'orage passe assez vite et je découvre qu'à l'arrière, les festivités sont loin d'être terminées...
20H A 21H30 : DÉFILÉ DE CELLULESIl fait encore assez jour et la photo de foudre n'est pas aisée. Je procède tout de même à quelques rafales de photos et parviens au bout d'un moment à imprimer un petit coup de foudre sur le capteur:

Ça peut paraître ridicule mais à ce moment là, j'étais content de ma capture!

Évidemment, bien que plein d'espoir, j'étais loin d'imaginer ce qu'allait être la suite de la soirée. Pour l'instant, la cellule se rapproche doucement et m'offre de la foudre toutes les 30 secondes:

J'espère que les gens de la maison en bas ne m'ont pas observé depuis leur fenêtre car voir un téléobjectif pointé sur eux ne les aurait sans doute pas enchanté!
Alors que ce second orage se décale vers le nord, en me tengentant, c'est une nouvelle cellule qui fait son apparition plus au sud. On arrive de plus dans les meilleures heures pour la photo - du moins selon moi - lorsque la luminosité baisse et qu'elle confère au paysage des couleurs et des ambiances particulières.

Quelques nuages encombrent parfois la vue mais ils habillent également les photos:

L'autre cellule s'était un peu désactivé mais elle reprend soudainement du poil de la bête. En quinze secondes, deux superbes impacts s'échappent du Cb sur ma droite. Je tourne mon appareil photo et je cadre en direction de Voiron.

Mince, c'est surexposé! J'ai été surpris par la forte luminosité de la décharge qui a eu lieu en zone sèche! Je change donc vite vite mes réglages et c'est déjà beaucoup mieux, bien qu'encore un peu "sur-ex" (exposition un peu rattrapée sur Photoshop):

Les éclairs sont magnifiquement ramifiés et le spectacle est formidable avec cette nuit tombante.

Maintenant que les bons réglages sont trouvés, je peux me faire bien plaisir:

J'ai posté cette image dans le Photolive :
http://www.infoclimat.fr/multimedia/photolive.php?photoid=61610
La foudre s'acharne sur le bois de Bavonne:

Cet impact puissant surexpose encore ma photo mais l'ambiance qui s'en dégage est appréciable je trouve:

L'orage est maintenant trop au nord et je ne vois donc plus très bien les impacts. Qu'à celà ne tienne, une nouvelle cellule s'active plus au sud!

Avec tout ça, j'en aurais presque oublié d'évacuer ma bière! Oui vous savez, celle qui, bue trois heures auparavant, me compresse la vessie depuis 2h30! Ne tenant plus, je règle mon appareil photo sur des poses de 30 secondes et je pousse le déclencheur pour que tout se fasse tout seul. Je m'éloigne de quelques mètres et me soulage dos à l'orage (configuration du lieu oblige) voyant régulièrement le paysage s'illuminer face à moi. Sans trop savoir ce qui a donc traversé le ciel devant mon appareil photo pendant que j'officiais à l'opposé, je regarde curieusement les quelques "poses surprises". Et hop, voici ce qui apparaît sur l'écran:

Pas si mal comme surprise! :Mr Green:
Cet orage suit le même chemin que son prédécesseur, et remonte lui aussi vers les collines que vous avez déjà pu apercevoir. L'activité est là encore maximale, comme on peut le voir avec ses décharges simultanées:

Ou avec celles-ci:

Certaines plus tortueuses que d'autres...
22H : EMBALLEMENT DE LA MACHINECette ligne a finalement du mal à avancer. Moi qui pensait la voir progressivement se rapprocher de moi pour m'offrir des impacts très proches, je me rends compte qu'elle a presque tendance à "s'éloigner". Déjà content de mes prises à cet endroit, je décide de tenter un rapprochement. Je prends la route donc, traverse Voiron puis me dirige vers l'ouest. Je ne rencontre même pas la pluie alors que je suis maintenant à quelques hectomètres du noyau actif en électricité. Du coup, les éclairs sont superbes, lumineux, ramifiés, mais je ne trouve pas d'endroit pour m'arrêter. La route n'est pas idéale et je finis quand même par rencontrer la pluie. Bien que peu torrentielle à ce moment-là, on comprend que les précédentes cellules se sont bien déversées successivement sur le coin. La route est boueuse, et parfois jonchée de branchages ou de sable issu de ravinements. Je serais surpris à un moment par une zone inondée de la route. Ca fait tout drôle quand on arrive assez vite dedans! :unsure: Gros passage de gué donc, mais la voiture devant moi le franchit sans trop d'encombre. Je la suis donc avec succès.
Je croise ensuite les pompiers qui s'affairent sans doute à sauver quelques caves de la montée des eaux.
Le paysage est maintenant de nouveau dégagé, et la pluie n'est pas trop virulente. Je m'arrête, ouvre la vitre, et déclenche l'appareil:

Mais il est clair que dans la tourmente, la prise de photos est difficile encore. Ça flashe dans tous les sens, c'est puissant et émouvant. Je vis définitivement l'une des plus belles chasses de la saison, voire de ma carrière.
Ce qu'il se passe maintenant, c'est qu'une autre ligne orageuse surpuissante est arrivée derrière la première, après avoir balayé tout le Massif Central. Elle va donc pousser tout ça rapidement, et je me dis donc que la meilleure chose à faire est peut-être de retourner vers Grenoble pour tenter de repasser devant la ligne avant que tout ne bouge. Bien m'en a pris car je finis par m'extirper de la pluie en arrivant à Gre! Il fait d'ailleurs encore bien doux, et je me précipite à la Bastille. A peine arrivé que des beaux impacts s'abattent sur l'ouest de l'agglo, du côté de Saint-Egrève.
LA RENCONTREJe vous épargne les autres photos de la série, moins intéressantes. C'est à cet instant aussi que j'ai été rejoint par Fryz qui n'aura pas eu la même chance que moi dans ce laps de temps très court avant l'arrivée de la pluie. S'en suit un déluge qui nous fait nous retrancher dans la voiture pour parler chiffons et orages. Installés dans le coffre du break de Fryz, nous attendons une éventuelle accalmie de la pluie pour espérer pouvoir observer à nouveau les éclairs. C'est alors qu'un individu s'approche de la voiture : "Bonsoir, vous faîtes des photos d'orage?" Eh oui, une belle rencontre avec un chasseur tout nouveau sur Grenoble, et ce sous une pluie battante... c'est d'un romantique!
Les présentations sont faites et les coordonnées échangées. Il est maintenant minuit passé et le système orageux semble s'étaler et n'offrir plus que des intras. Alors que Fryz rentre chez lui, je décide d'y croire encore un peu et je change de spot d'observation. Direction la route de Saint-Nizier du Moucherotte d'où j'espère photographier quelques coups de foudre au dessus de la ville si l'orage se décale encore.
Malheureusement, je n'observerai que quelques inter et spiders! Celui-là vient de loin!

Et on termine par une décharge rampante au dessus de ma tête:

Un bon nombre d'impacts continueront à matraquer la ville par la suite, mais je suis fatigué et la carte mémoire est saturée de bonnes choses! Raisonnable, je regagne donc mon domicile sous un déluge impressionnant qui commence à inonder les rues. Agréable de s'endormir avec le bruit de la pluie sur les volets... et je peux vous assurer que j'ai bien dormi!

Mais cette soirée entière n'était-elle pas justement un simple rêve?...
_________________
